- 15
- Mai
- 2011
Le radicalisme est le seul sujet neuf qu'il y ait encore dans la politique.
L'art de gouverner de notre Président sous la forme militaire devait toucher à la perfection. Il devait être un général sachant persuader et punir. Ses grades intermédiaires devaient faire circuler le commandement. Tous les pouvoirs, celui du juge comme celui de l'industriel, s'appuient sur ce modèle. D'où l'ordre qui mérite l'obéissance. Mais les choses allant ainsi, il était inévitable que le citoyen soit gouverné plus qu'il n'est nécessaire.
Quel a véritablement été le programme de notre Président ? Demander de nouveaux pouvoirs. Beaucoup s'y sont laissé prendre et attendent encore au bien qu'il voulait faire. Or le bien que veut faire notre Président, c'est toujours d'étendre son pouvoir, ainsi que tous les pouvoirs concordants. Une idée naïvement exprimée par un homme qui se dit démocrate et qui croient l'être. Il suffit à ses yeux que le peuple soit consulté de temps en temps, de façon qu'il puisse choisir d'autres maîtres ou confirmer ceux qu'il a.
Or , chez nous, le peuple n'élit pas tant des chefs que des contrôleurs. Le chef de l'État n'est pas plus le chef de tous les bureaux que le délégué du peuple, le Citoyen modèle qui a charge de découvrir tous les abus de pouvoir, et d'y mettre fin. Plus évidemment, les ministres sont comme des orateurs populaires, chacun d'eux ayant la surveillance d'une puissante administration. Ainsi le ministre de la défense n'est nullement le chef de l'armée, mais plutôt le représentant des citoyens.
Essayons de comprendre comment un ministre, homme scrupuleux d'ailleurs, homme de labeur, homme de jugement, peut se tromper et nous tromper, de bonne foi. Le voilà, à ce qu'il croit, chef de l'armée, et général sur les généraux. Il s'use d'abord à apprendre ce nouveau métier ; il n'y parvient pas ; il prend conseil de ceux qui le savent, et bientôt il ne décide que d'après leurs propositions. Et cela serait sage, si le ministre avait pour mission d'être le général des généraux.
Mais aussi le métier de ministre n'est ni d'administrer ni de commander comme chef de l'armée, mais plutôt de s'opposer aux empiètements de cette puissante et vorace organisation. C'est dire qu'il ne doit point rechercher les éloges des militaires, et qu'il doit même s'en défier, et, bien plus, se résigner à se voir suspect et même détesté.
Or, sous la mandature de notre Président, il arrive que le ministre qui oublie son véritable mandat et se fait plus militaire que les militaires, est finalement acclamé, et inversement celui qui a osé faire son devoir d'orateur populaire sans craindre le redoutable esprit de corps, est finalement puni et chassé. La justice du peuple ne devrait elle pas être le contraire.
Seule l'application de cette justice du peuple pourra faire voir un profond changement dans la politique actuelle. Le peuple attend que leurs députés soient leurs délégués, tout comme les ministres soient les délégués des députés.
ça, c'est avoir l'esprit radical !

